Un p’tit assortiment de pépites de la littérature jeunesse

De la piscine ou du bain, larmes, pluie fine ou torrentielle, douce ou salée, liquide ou gelée, mare, ruisseau, rivière, fleuve, océan : rôles et formes multiples pour extraordinaire ballet aquatique…

Des livres dans lesquels le précieux or bleu se pare d’atours poétiques, épiques, humoristiques ou scientifiques. Un seul mot d’ordre qui coule de source : l’eau c’est la vie !

Plus qu’à plonger dans ces belle lectures !

– Avez-vu Le bain d’Abel ? Un bon bain chaud, avec de la mousse et des jouets ? Ce soir, quand le bain se carapate dans les canalisations, le petit garçon ne veut pas le laisser couler loin de lui. C’est décidé : il va le suivre ! Le point de départ d’un périple déjanté, sur les traces de ce bain qui retourne à la nature, des égouts à l’océan. Cette savoureuse histoire en randonnée, où l’on suit ce petit garçon à l’air poupon, est un bijou d’espièglerie et d’humour. Les dialogues cacophoniques et les illustrations vivantes nous font partager l’excitation, la joie et la curiosité de la joyeuse troupe qui se forme progressivement autour d’Abel. Le talent d’illustratrice et de raconteuse d’histoire d’Audrey Poussier transforme ce cycle naturel en une aventure loufoque d’apprentissage et d’amitié. Heureux qui, comme Abel, a fait un beau voyage et puis est retourné, avec tous ses copains (et un peu crado), retrouver sa maman et prendre une bonne douche à la maison…

– Un format peu courant pour plonger avec la poupée Ten dans les profondeurs océaniques. La maison sous-marine aux 100 étages s’ouvre de bas en haut, et c’est drôlement malin et adapté au voyage qui attend les jeunes lecteur·ices. Lorsque Ten échappe aux mains de sa petite propriétaire et passe par-dessus le bastingage de leur bateau de croisière, c’est le déchirement. Ten coule inexorablement et perd petit à petit tous les accessoires et colifichets qui la rendaient (du moins le croyait-elle) si belle. Dans cette drôle de maison aux étages inversés, les rencontres sous-marines et les nouvelles amitiés vont lui permettre de se transfigurer et d’une certaine façon de s’émanciper. Un livre foisonnant, à la fois album à compter (idéal pour faire les paquets de 10), ouvrage de découverte d’espèces parfois méconnues (on n’entend quand même pas parler des grandgousiers tous les jours) et récit d’initiation, le tout organisé dans un enchaînement de scènes bloblotantes de détails amusants et une temporalité coulante qui ne laisse pas le temps de reprendre son souffle. Avant le retour à l’air libre, La maison sous-marine aux 100 étages de Toshio Iwai vous entraînera vers le fond, mais dans le bon sens du terme ! L’histoire fantasque et tendre d’une renaissance, 100 % fraîcheur marine.

– Un docu-album d’une beauté époustouflante (et je pèse mes mots) : Chasseur de glace de Séraphine Menu et Marion Duval nous emmène sur les rives du Lac Baïkal, aux côtés du jeune Youri et de son père, duo attachant et attaché à cet endroit que d’autres fuient. La petite histoire des personnages et la grande Histoire de cet immense lac multi-millénaire s’entrecroisent dans un récit et des images à la douceur intemporelle. Un album qui fait la part belle aux sensations en rendant palpable ce que signifie vivre au bord de cette mer intérieure et septentrionale, dans le froid mordant de l’hiver ou la profondeur des nuits d’été. Le lac Baïkal est bien le personnage principal d’une histoire qui dépasse le cadre du livre, une histoire ancestrale et mystérieuse dont humains et animaux ne sont que des hôtes passagers. Chasseur de glace ou la célébration poétique et touchante d’un lieu sans commune mesure, pont entre les êtres et entre passé et présent.

– Après « Le vieil homme et la mer », voici Le vieil homme et la mare. Ce n’est plus de l’Hemingway, c’est du Ducos, et même si vous n’avez pas lu le premier ( comme moi par exemple), vous apprécierez tout de même le deuxième ! Une mare qui se roule comme un tapis pour être déplacée : voilà ce que Max Ducos nous propose d’imaginer avec lui dans cette parabole écologique enchanteresse. Lorsqu’un vieil homme se fait exproprier de son bout de terrain, il refuse de partir sans sa mare adorée et l’emporte sur son épaule, bien décidé à lui trouver une nouvelle place. Las ! Personne n’en veut de cette mare… Le béton a gagné : indifférence partout et accueil nulle part pour les roseaux et les grenouilles. La mare comme l’ancien se réduisent à peau de chagrin, au fil de pages où le gris grignote petit à petit la couleur. Alors, quand on en arrive au stade de la flaque, on se couche et on abandonne ? NON ! La mare et le vieillard renaîtront tout deux de leurs dernières gouttelettes et (re)trouveront leur place dans un monde où l’harmonie et l’entraide n’ont peut-être pas dit leur dernier mot. Une fin apaisante et méditative dans un endroit propice au rêve, pour cet album tellement bien croqué et raconté par Max Ducos.

– Et si la science était dans l’eau ? C’est ce que proposent d’expérimenter, constater et vérifier Cécile Jugla et Jack Guichard dans un excellent petit opus à destination des plus jeunes. Un livre clair comme de l’eau de roche dans lequel on découvrira les propriétés de l’eau au moyen de 10 expériences a priori bêtes comme chou mais qui leur expliqueront tout. Facile à mettre en oeuvre, garanti 100 % sans bec bunzen et bécher. La science est dans l’eau décortique ce que l’on perçoit empiriquement et permet de commencer à saisir les grandes lois qui régissent notre monde physique. Il est surtout franchement idéal pour s’amuser et patouiller ! (Avec les mêmes auteurs, on pourra aussi découvrir que la science est dans le citron, dans l’oeuf, dans le papier ou dans le ballon, mais ça vous m’en direz des nouvelles, parce qu’on ne les a pas lus par ici !)

– Petit tour réjouissant en Absurdie avec Si tu pleures comme une fontaine de Noemi Vola. Une grande leçon de « Pleurer bien » ou « De l’usage des larmes » en quelques exemples bien sentis. Et oui ! Évidemment qu’on a le droit de pleurer, comme le petit ver tout triste que l’on accompagne tout au long de l’ouvrage. Mais pour éviter d’inonder le livre, découvrons, grâce à la voix narrative, que les larmes peuvent être utilisées à toutes sortes de fins… Illustrations naïves et personnages hilarants pour situations loufoques à souhait qui sauront dédramatiser les larmes et consoleront peut-être bien des peines. Un livre qui te dit : 1/ que tu as le droit de pleurer, 2/ que ça fait du bien, 3/que la vie continue après les larmes…(et avant les prochaines)

A l’eau ! avec Heejin Park et son fabuleux personnage de grand-mère ramollo qui retrouve souplesse et légèreté dans l’eau de la piscine. Qu’il est difficile de quitter ce canapé et de ressentir la pesanteur de ce corps vieillissant… Mais les demandes insistantes de sa petite fille ont raison de sa résistance, et la voilà traînant les pieds en direction du bassin. C’est enfin parti pour un plongeon dans un camaïeu fantasmagorique de bleu qui se ponctue peu à peu de rose, direction nouvelle jeunesse ! Au fil des pages, la joie communicative et l’énergie retrouvée de cette mamie débordent des pages, et collent un sacré sourire. Un album b »eau » et enthousiasmant, qui donne une folle envie de s’immerger à son tour…

Et pour finir, un trio « Pluie » qui touche tous les sens. Goût, ouïe, vue, odorat et mon préféré : le sens de l’humour !

Le goût de la pluie : Voilà un album tout sensoriel, et pourtant sans pages à toucher/gratouiller ou pastilles musicales. Non, non, tout se passe bien sur la surface lisse du papier : c’est dans cet espace que Laurent Moreau nous fait partager les sensations de son jeune narrateur surpris par une subite pluie d’été. Les couleurs et les formes d’abord : symphonie graphique et lumineuse de pochoirs qui rayonnent et se détachent sur le fond blanc. Le texte à la première personne ensuite, qui fait la part belle à la description du paysage et aux sensations ressenties : le vent, la pluie et le soleil sur la peau, dans le nez, dans les yeux, dans les oreilles. L’expérience intime convoquée enfin. Laurent Moreau parsème cette aventure apparemment anodine d’une foule d’éléments qui permettent à tout le monde de retrouver un petit bout de vécu : la voix d’un parent qui appelle au loin, des vêtements trempés, une tasse de chocolat chaud, le bruit des gouttes sur le toit, les flaques dans lesquelles on saute… L’universel dans le détail ! Une histoire savoureuse, où chacun·e éprouvera son propre goût de la pluie.

– On voyage au Rythme de la pluie dans un album aux illustrations lumineuses et enveloppantes, signé Grahame Baker-Smith. Un album qui raconte le cycle de l’eau à travers les questionnements du jeune Arthur qui se demande où est partie l’eau déversée de son bocal. Une trame conventionnelle de prime abord : du torrent, à la rivière, au fleuve pour finir à la mer, on connaît. Mais Baker-Smith change bien vite de focale pour emmener les jeunes lecteur·ices plus loin, dans les profondeurs des abysses et de « l’autre côté de la Terre » et leur faire toucher du doigt et des yeux l’universalité du cycle, trait d’union entre les espèces, les écosystèmes et les époques. Avec ses illustrations poétiques et ses textes limpides, Le rythme de la pluie rend joliment grâce à l’eau et à tous les secrets qu’elle renferme et protège.

Une horrible pluie (James Stevenson) ou le récit rocambolesque d’un grand-père BCBG qui raconte le terrible déluge vécu dans ses jeunes années à ses petits-enfants. Outrancière et épique : cette horrible pluie est bien entendue éminemment pire que tout ce que pourrait vivre la jeune génération (« Ah, de mon temps, c’était autre chose! »). Les aller-retours entre passé et présent s’enchaînent au fil des questions de Louis et Mary-Ann qui propulsent leur grand-père dans un hilarant tourbillon d’exagération mémorielle. Un grand-père déjà moustachu, qui voit sa maison se remplir inéluctablement de la cave au grenier. Aucunement vraisemblable, mais tellement jubilatoire : une vraie bonne histoire à écouter un jour de pluie ! Un ouvrage « souvenir d’enfance » pour moi, qui raconte en filigrane l’importance du lien inter-générationnel, que l’on partage des légendes familiales ou des glaces à la fraise.

Le bain d’Abel, Audrey Poussier, Âge : 3+, Pages : 36 , ISBN : 9782211220538, Publication : 2014 – 12,50 €, L’ École des loisirs

La maison sous-marine aux 100 étages, IWAI Toshio, Âge : 5+, Pages : 40, ISBN : 978-2-8097-1366-4, Publication : 2018 – 13,50 €, Picquier jeunesse

Chasseur de glace, Séraphine Menu et Marion Duval, Âge : 5+, Pages : 40, ISBN : 9782492768187, Publication : février 2024 – 20 €, Éditions La Partie

Le vieil homme et la mare, Max Ducos, Âge : 5 +, Pages : 48, ISBN : 978-2-492439-01-8, Publication : 2022 – 15 €, Poids Plume Éditions

La science est dans l’eau, Cécile Jugla et Jack Guichard (illustré par Laurent Simon), Âge : 4 +, Pages : 32, ISBN : 9782092591697, Publication : 2020 – 7,95 €, Éditions Nathan (épuisé…)

Si tu pleures comme une fontaine, Noemi Vola, Âge : 5+, Pages : 44, ISBN : 9782095030193, Publication : février 2024 – 14,95 €, Éditions Nathan

A l’eau !, Heejin Park (traduit du coréen par Charlotte Gryson), Âge : 3+ , Pages : 44, ISBN : 978-2-930941-66-0, Publication : février 2024 – 18 €, CotCotCot Éditions

Le goût de la pluie, Laurent Moreau, Âge : 4+, Pages : 44 , ISBN : 978-2-330-18065-2, Publication : 2023 – 16,90 €, Hélium

Le rythme de la pluie, Grahame Baker-Smith, Âge : 6 +, Pages : 40, ISBN : 9782383221890, Publication : 2023 – 14,95 €, Kimane

Une horrible pluie, James Stevenson (traduit de l’anglais (américain) par Alain Broutin), Âge : 3+, Pages : 32, ISBN :
9782211019590, Publication : 1988 – Prix d’occasion divers et variés…, L’École des loisirs


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